dimanche, 15 janvier 2012

Un Court Emballement

Quand je la rencontre, quelques mois plus tôt, elle est en couple depuis quatre ans et quand je lui demande «ca se passe comment avec ton mec ?» elle me répond «c’est l’homme parfait» Ce qui ne laisse rien présager de bon. Mais il y a déjà quelque chose entre nous, mélange de complicité et d’attraction physique. Ca se traduit le plus souvent par des maladroits « tu n’es pas du tout mon style » ou « you’re such a dick », mais déjà elle a du mal à cacher son intérêt. Puis la vie a fait le reste. Ils se sont séparés. L’homme parfait ne l’était pas. Et moi je le devenais un peu plus chaque jour.

Je la rejoins au milieu de la nuit avec une petite envie de vomir. Insupportable et chancelant, je l’emmène je ne sais ou, dans une soirée apparemment, ou je la pose sur une chaise entre deux types puis disparais sans dire au revoir. Je réalise le lendemain que j’ai sans doute raté ma chance avec elle, ce qu’elle confirme par texto. S’ensuit un terrible mal être qui durera un peu, jusqu’au moment ou elle franchit finalement la porte de ma chambre, quelques jours plus tard.

La relation qui nait est placée sous le signe du contretemps, de la maladresse, et de l’égratignure. Pendant un mois la passion grandit, puis retombe soudainement en quelques jours, nous laissant meurtris et ennemis pour la vie. Une passion que je n’avais plus ressentie depuis si longtemps.

mercredi, 28 décembre 2011

Coordination

Ca fait six mois que je rêve de cette fille. La posséder, même le temps que dure un de ses sourires, est mon souhait le plus cher. Ce soir, tous les obstacles entre nous sont tombés, la vie s’est inclinée et la collision est proche. Elle m’envoie ce texto qui veut dire « je suis a toi, tu peux faire de moi ce que tu veux»… Et moi, je suis tout bourré chez un pote en train de mixer, et je n’arrive même pas à épeler les trois mots que je lui renvoie.

jeudi, 01 décembre 2011

Voir le monde

Il y a toujours ces matins terribles où il m’est impossible de voir la vie du bon coté. Rien n’y fait, soleil, musique, exercice, lecture, café, femmes… Je ne vois que le laid.  C’est comme si je portais des lunettes qui ne laissent voir que les défauts des gens et des choses. Un filtre négatif sur le monde. L’horrible, le cruel, la misère, la souffrance, le grotesque et le pathétique. Partout autour de moi.

 

En moi donc.

 

Il n’y a rien qui est assez bien. J’ai envie de pleurer chaque fois que je pose mon regard sur quelqu’un. Je circule en bus et ce que j’observe par la fenêtre me donne envie de mourir, sans exagérer. Un rayon de soleil qui dévoile une mauvaise peau cachée sous du maquillage, un mauvais tatouage qui dépasse d’un débardeur, une paire de chaussettes blanches qui éructe d’un pantalon noir, une vitrine poussiéreuse, un bar très sombre peuplé d’ombres funestes, des voitures fumantes, une moto bruyante, des travaux, la route éventrée, des gravas qui se répandent sur le bitume noir, une tache de vomi contre un mur, un chien qui urine, une cravate bariolée, des rideaux minables à une fenêtre, une pub anti-tabac, des lettres lumineuses qui ne fonctionnent plus, une poubelle qui déborde de crasse, une jupe trop courte pour cacher de la cellulite,  des pieds répugnants dans des tongues, une chemise à manches courtes, des échafaudages, de faux ongles, de la résille noire sur peau blanche,  un double menton, une chemise hawaiienne, un égout bloqué par des sacs plastiques, de fausses wayfarers blanches, un sac à dos fitness first, deux sac à dos fitness first, un camion poussiéreux qui fait trembler les fenêtres, un jeans True Religion, des signes extérieurs de religion, une vitrine Sketchers, une ambulance, … Et la même séquence d’horreurs qui se répète tous les cinquante mètres. Non, vous ne comprenez pas. Vous ne voyez peut-être que le dixième de ce que je vois. Vous ne savez pas dans quel monde nous vivons. Comme je vous envie.

mardi, 22 novembre 2011

Gorilla Manila

Je n’ai plus écrit.

 

J’écris à ma grand-mère à la place. C’est moins futile. Et puis je n’ai plus rien à raconter. Et puis je ne me regarde plus dans les miroirs. C’est bien trop douloureux. Je suis trop exigeant, critique. Mon physique est bien trop moyen, banal. Alors j’évite mon image pendant une semaine pour que ma confiance devienne immense. Lorsque la barre est à son maximum, je glisse sur la ville, je fends la foule, ou plutôt la foule s’écarte. Le monde féminin se met à l’arrêt pour moi, la patte en l’air, l’air abruti. Puis je rencontre la vitre teintée qui me crache mon image à la gueule. Tout s’arrête. Alors je vais boire un verre. Aujourd'hui, je rejoins trois amis dans un salon à absinthe. Une décoration gothique Ikea, une mauvaise odeur d’anisette, trop de lumière, trop propre, une serveuse trop vieille, je déteste cet endroit.

 

« Ca fait 35 ans que les hommes de ma famille baisent leur bonne Philippine, alors j’ai pensé que je devrais investir dans un appartement à Manille…Juste retour des choses. Et puis les putes sont moins chères qu’ici.»

 

Philip est très pragmatique et c’est pour cette raison que je ne refuse jamais un apéritif en sa compagnie, même dans un mauvais bar. Et aussi parce qu’il est tellement myope qu’il prend nos noyaux d’olives pour des cacahuètes. Le temps qu’il réalise que la cacahuète est en fait un noyau d’olive mâchouillé par quelqu’un d’autre, l’objet est déjà dans sa bouche depuis une ou deux secondes, et ses amis ont eu le temps de rouler sous la table. La légende dit que son père lui a donné ce prénom a cause de l’anecdote citée plus haut. Lui prétend que son arrière grand père s’appelait Philip.

 

Je leurs parle de ma dernière relation mort-née, pourquoi - comment - qui - que - quoi - donc - ou, puis la fin de mon premier verre d’absinthe apporte la conclusion suivante : « elle est prête à avoir des gosses, une famille, alors que moi je ne suis même pas prêt à prendre une carte fidélité pour un centre commercial. »

Pour une fois, je ne suis pas sorti avec une fille pour son physique. Lorsque je l’ai rencontrée, il faisait sombre et il faisait mal à la tête. J’ai remarqué son corps athlétique mais pas bien vu son visage. J’ai accepté la date, et même si j’ai passé un très bon moment, la déception dominait. Puis elle m’a séduit avec sa gentillesse et sa simplicité. Elle m’a impressionné avec son parcours et sa carrière. Elle m’a fait bander avec son corps sculpté à coup de membership fitness first. J’ai mis les cheveux gris et le petit duvet de coté. Essayé du moins. Philip pense qu’elle aurait pu m’apporter la stabilité dont j’ai besoin. Mais quand elle a voulu me la donner de manière absolue, j’ai décampé, une fois de plus. Non merci. Pas pour moi. Pas prêt. Pas encore. Jamais. Un jour. Je ne sais pas.  Pas avec elle. Le duvet. Point.

Les choses se passeraient différemment si j’étais certain d’être avec la bonne fille. Mais ce n’est jamais arrivé. Mes histoires sont toujours comme un moment au lit avec une fille dans les bras. Tout va bien les premiers instants. C’est le bonheur. Du moins on le pense. Puis on commence à avoir trop chaud, à transpirer. Elle commence à écraser votre poitrine, vous voulez vous dégager mais vous avez peur de passer pour ce gars trop faible incapable de la supporter. Puis vous devenez obsédé par ses os qui s’enfoncent dans votre corps. Est-ce que c’est bon pour moi? Elle bloque ma circulation avec sa cuisse la, non? Je n’arrive plus à respirer la. Elle doit entendre mon cœur qui bat si fort. Il est prêt à exploser. Calme-toi, respire. Puis la crise d’angoisse devient insupportable et vous la repoussez violemment dans un sursaut de haine ignoble. Voila, c’est une bonne description de ma relation avec les femmes.

 

Le salon à absinthe limite ses clients à trois verres chacun. La soif nous avait donc transportés dans un autre bar, ou une bouteille noire d’Hendricks était en train de crever à petit feu en même temps qu’un concombre et mes espoirs de vie témoin.

 

Deux heures plus tard c’était la Macarena avec deux blondes sur une piste de dance et la vie reprenait son cours. Enfin, si elle en a un. Pourquoi la vie devrait-elle avoir un cours ? C’est de ne pas en avoir qui la rend intéressante. Pourquoi devrions-nous vivre à deux aussi? Qui l’a décidé ? 

jeudi, 28 avril 2011

Robocop

Je suis plutôt du genre à boire du Ruinart dans des verres Amora.

Simplicité d’apparat. Depuis quatre ans je simplifie au max. Ca élague, ca taille, ca rabote. Je n’en reste pas moins ce mégalo compliqué. Quand je me regarde dans le miroir, j’ai vraiment l’impression que mon crane a grossit. Mon front est devenu très bombé, le dessus des tempes s’est élargit, j’ai emmagasiné non stop. Sans doute un peu trop. Sans doute parce que je n’ai pas les couilles de faire la moitié de ce que mon cerveau aimerait faire. Il y a comme une neutralisation de mon intellect par mon manque de testostérone. Les idées restent dans ma caboche. La peur, robinet bel et bien fermé, stoppe l’écoulement de mes idées. 

mardi, 28 décembre 2010

Ask your dad

J’étais à un vernissage l’autre jour. Ca m’a rappelé le temps ou je campais dans les galeries. La soupe populaire du bourgeois. Je connais certaines raclures de la rue de Seine qui n’ont pas sorti un sou pour un diner depuis 35 ans. Alors que je détaillais l’amas de merdes autour de moi, une belle accumulation de hipsters, bobos, intellos et bien d’autres, je me faisais la réflexion suivante: de tous les artistes, musiciens, designers, peintres, écrivains que je connais, combien viennent d’un milieu modeste? Ou combien même viennent de la classe moyenne? Aucun. Il y a ceux qui ont lancé une boite de com’ avec le fric de maman, il y a ceux qui ont pu jouer du minimoog pendant des années sans le moindre souci du lendemain, il y a ceux qui ont pu faire joujou avec des tubes de couleurs dans un soixante mètres carrés en plein cœur de Paris sans jamais payer de loyer, il y a ceux qui font du cinéma parce que papa est producteur, il y a ceux qui sont photographes de mode parce qu’ils ont pu se payer un appareil plus cher qu’une voiture, il y a celles qui sont stylistes parce que papa a payé l’école hors de prix à Londres, etc… Si au moins ils avaient la décence de ne pas trop la ramener. Clamer haut et fort que leur réussite n’a rien à voir avec leur talent les rendrait déjà plus intéressants.

 

lundi, 22 novembre 2010

La nuit

Sydney est une ville bruyante. C’est paradoxal car vivre à Sydney c’est bien souvent comme vivre à la campagne avec le grand océan Pacifique en bas de la rue. Tout est très étendu, très vallonné, très vert, avec des arbres énormes sortis tout droit du livre de la jungle. La ville est ouverte sur l’océan, avec un centre composé de quartiers qui ressemblent davantage à des quartiers résidentiels qu’à un véritable centre ville. Il y a quand même un centre financier et des grattes-ciel, mais encore une fois c’est au bord de l’eau et plutôt paisible. Le seul endroit un peu plus intense et dense est peut-être autour du quartier Chinois même si ca fait plus province Chinoise que downtown Shanghai…

Pourtant Sydney est une ville bruyante. Les Australiens parlent fort et aiment se faire remarquer. C’est le culte du bruyant et du tape à l’œil. On ne garde pas pour soi ici. On s’exprime, et avec force. Les véhicules sont à l’Américaine, gros et bruyants. La plupart des camions et des bus de ville sont d’énormes cubes souvent vieillissant faisant un bruit assourdissant. Mais surtout Sydney est bruyant la nuit. Les gens travaillent beaucoup moins qu’en Europe, et surtout avec des horaires très changeants. A dire vrai, beaucoup de gens ne travaillent simplement pas, ou juste une partie de l’année. C’est aussi une ville très étudiante, une ville avec beaucoup de voyageurs, et dont le contenu du voyage n’a strictement rien de culturel. Sydney est la ville loisir par excellence et tout le monde a bien l’intention d’en profiter. C’est pour cette raison que les nuits, du lundi au dimanche, sont bruyantes. Il y a toujours le passage d’un groupe de gens ivres, criant, riant ou simplement parlant très fort. Pour arranger les choses, les rares australiens qui ont une vie professionnelle traditionnelle se lèvent extrêmement tôt, que ce soit parce qu’ils commencent leur travail tôt ou simplement pour aller courir ou surfer avant leur journée de travail. Les plages sont bondées de joggeurs, marcheurs, surfeurs, fitness addicts et autres dès les premiers rayons de soleil, c'est-à-dire 5 heures du matin. Tous les matins, dès 5 heures, c’est le réveil, voitures, bus, camions poubelles, motos, travaux qui commencent. Donc en gros, si vous vous couchez trop tôt, vous êtes réveillés deux heures plus tard par des gens qui font la fête. Si vous vous couchez plus tard, en prévoyant de dormir un peu plus tard, vous serez réveillés par le vacarme de la journée qui démarre. Cerise sur le gâteau, l’Australie semble avoir complètement oubliée l’existence du double vitrage. Ce qui ne vous réveillerait pas en France, vous réveille en Australie. Il y a sans doute des villes bien plus bruyantes que Sydney, mais au moins un bon double vitrage vous protège. Ici non.

 

Situation très irritante a la longue. Je n’ai pas à me lever le matin. J’ai très peu de contraintes, ou je me suis arrangé pour ne plus en avoir. Malgré cela, c’est parfois difficile de garder son calme. La stupidité atteint des sommets sous le soleil. L’Australien s’est résigné à ce mauvais sommeil et s’en contente. Il s’en fout, de toute façon, s’il est fatigué, il prendra un peu de coke au bureau. Quant aux autres, ils seront bien trop ivres pour être réveillés quand ca sera leur tour d’aller dormir.

 

Pas tout le monde ne supporte aussi bien. Je me suis habitué et mon sommeil s’est renforcé, mais je ne suis toujours pas résigné. Il y a toujours une nuit dans le mois ou je perds la raison. L'envie de tuer. J’ai perdu mon sang froid plusieurs fois déjà, sans jamais atteindre une véritable confrontation, qui de toute façon est souvent complètement inutile. Expliquez que vous voulez dormir à un brésilien à deux grammes cinq...

 

Lorsque j’ai acheté ce lance-pierre, je savais comment ca allait se terminer. Difficile d’avouer que j’avais l’intention de régler mes comptes et devenir une espèce de justicier du sommeil. Pourtant l’idée était en train de naitre. La simple envie de se défouler sur quelques idiots, une fois de temps en temps, puis dormir du sommeil du juste.

 

Plusieurs semaines se sont passées avant que je rencontre l’occasion d’utiliser mon arme de gosse. Puis une nuit, je suis soudainement réveillé. Deux italiens complètement ivres déambulent dans la rue, criant et chantant. Il est mardi 3 heures du matin. Pas d’excuse. Je saute dans mon jean, enfile un teeshirt noir, attrape le lance-pierre et descends dans la rue. La rue est large, très sombre, sans autre éclairage que les quelques lampes de jardin ou entrées de garage. Il y a de très grands arbres tous les quinze mètres. Les deux imbéciles ont cessé d’hurler. Je les suis à bonne distance, leurs laissant le bénéfice du doute. Il fait bon, tout est très silencieux, la semelle de mes baskets caresse le sol, je me laisse gagner par la nuit. Lorsqu'ils recommencent à crier, la rupture du silence est si brutale que je sursaute. Comme un reflexe, en plein mouvement, mon bras se lève et deux billes d’acier partent en sifflant dans l'obscurité. Elles passent au dessus de leurs têtes et ils ne se rendent compte de rien. Pas très content de ma position, je traverse et me positionne de l’autre cote de la rue, ou je pourrai les suivre de plus près sans qu’ils ne me voient. Je les dépasse, choisi une portion du trottoir sans voiture ni maison, puis me cale contre un arbre, dans l’ombre totale. Le temps de tendre le bras et les voila dans le champ. La première bille fuse et claque dans la main du plus grand. Complètement choqué au beau milieu de son délire ivre, l’incompréhension et la douleur le tétanisent, il stoppe net, observe un court silence -qui me parait durer une éternité- puis tombe à genou et se met à hurler "what the fuck what the fuck!!" en se tenant la main. Son compagnon éclate de rire, pas pour longtemps, la deuxième bille le frappe tellement fort qu’il s’écroule sur la pelouse. Directement réduit au plus strict silence. Puis il se roule un peu sur l’herbe en gémissant, stoppe face contre terre et se met à taper sur le sol avec sa main droite.

 

Je les laisse plantés la avec leur douleur et leur surprise. Je souris en pensant aux douleurs horribles qu’ils auront demain matin au réveil. J’observe attentivement les alentours à la recherche d’un éventuel spectateur. Personne. Je sors de ma cachette et rentre me coucher, glissant d’une ombre à l’autre. Je ne trouverai pas le sommeil avant six heures ce matin là, excité, et effrayé par la facilité avec laquelle je suis descendu tirer des billes en acier sur des inconnus.

 

samedi, 06 novembre 2010

Snow Park Hotel

Je me réveille à l’hôtel. Les franges du store sont un peu de travers sur la gauche et la lumière l’a remarqué. Ma première impression est que le lit est très grand et très haut. Immobile, je laisse mes yeux déchiffrer. Tout est blanc, doux, moelleux, calme et reposé. Je suis enseveli sous les draps, les gros oreillers et l’énorme couette. Je tourne un peu la tête vers la droite, il y a des cheveux blonds, puis plus haut, il y a une main, très longue, délicate et très fine, à peine plus sombre que les draps, posture ravissante, je ne regrette pas d’être dans cette chambre. Shrek peut sortir des draps, je m’en tape maintenant. Mon attention est ensuite attirée par le seul objet sombre du tableau, la montre noire qu’elle porte au poignet. C’est une montre en métal assez large, carrée et plate, bracelet noir, cadran noir, aiguilles noires. C’est le monolithe noir de mon paysage matinal.

Les souvenirs me reviennent doucement. La fille, le restaurant, le bar à cocktails, le premier baiser, le cunni sur le fauteuil, puis moi qui me répand sur son ventre. C’est une amie, rencontrée il y a deux ans lors d’une soirée pour le jour de l’an. Le contact a été gardé assez naturellement, par email ou téléphone, quelques nouvelles de temps en temps au fil des mois. Puis deux visites professionnelles coup sur coup à Sydney ont fait le reste. C’est bien tombé en fait, car mes rapports avec les femmes ont été très mondains dernièrement. Peu l’occasion de palper, caresser, lécher, pénétrer, gicler, cracher, raller, soulever, retourner, rabrouer, bourrer etc. C’est davantage papoter, amuser, régaler, écouter, accompagner etc. Aucun problème avec ca d’ailleurs, mais tôt ou tard il y a toujours le retour au Paléozoïque et l’envie terrible de la leur planter. J’ai un peu flirté avec cette autre fille du boulot, mais on s’est disputé si rapidement que notre expérience sexuelle partagée se résume à une masturbation sans conviction un soir dans sa voiture, garée devant ma porte.

Hier j’ai acheté un lance-pierres. Vous savez ceux avec le truc que vous dépliez sur l’avant bras. Pour plus de puissance et de précision. C’est un peu la transition du jouet pour enfant vers l’arme pour adulte. C’est l’objet autorisé à la vente aux conséquences éventuellement interdites. Je ne sais pas encore pourquoi je l’ai acheté. Je me suis levé avec l’envie d’acheter un lance-pierres, et un méchant.

 

samedi, 03 avril 2010

Une passerelle pratique

 

Il y a eu un petit problème. Le genre qui vous tient à l'écart de la vie pendant un moment. Rien d'irréparable. Jusqu'à nouvel ordre. Dans l'ensemble je vais mieux. Je sors plus facilement de mon lit, je supporte le monde, je supporte vos faces de rats et le bruit que vous faites. On peut même me voir en soirée, et pas seulement après trois heures du matin. La coupette à la main, la veste bien mise et le sourire. J'ai beaucoup plus d'énergie pour les taches courantes de la vie et les effets secondaires du traitement hongkongais ont disparu. Plus du tout de trouble du sommeil et agressivité en baisse. Il y a toujours ces excès de démence que je ne sais pas encore maitriser. Une frénésie incontrôlable. Alors je me retrouve parfois au petit matin, assis quelque part. Je ne sais pas très bien où et pourquoi. Du sang sur la chemise, la mâchoire endolorie ou sans chaussures. Des matins un peu flous. Si au moins je pouvais employer cette force pour des affaires plus fructueuses. Ca viendra peut-être plus tard.

 

Le départ de Paris, quatre mois plus tôt, avait été difficile. Le matin du vol, j'étais monté dans ce taxi puis j'avais fermé les yeux. Les œillères, la censure, vautré sur le cuir, mes sacs éparpillés autour de moi à l'arrière. Le chauffeur m'avait pris pour un fou. Une vraie bête apeurée. Vous allez bien, Monsieur ? Vous êtes sur que ca va, Monsieur ? Ne t'inquiète pas, je ne vais pas vomir sur tes sièges, conduis moi plutôt à l'échafaud. Dix heures du matin, une superbe journée, cette lumière sur ces façades, Paris sous son plus beau jour, pas question de regarder, ne pas prendre le risque d'avoir envie de rester. Car en restant loin trop longtemps, on oublie que des matinées comme ca, il y en a pas plus d'une dizaine par an. Comme si Paris essayait de me jouer un tour. Une grosse bête fourbe grossièrement endimanchée. Comme toujours, j'avais eu un pincement au cœur quand les roues de l'avion avaient quittées le sol, puis les dix premières minutes d'un très mauvais film m'avait complètement convaincu d'avaler deux Stilnox. Abraham Lincoln sur une licorne plus tard, j'étais à Singapour. Quelque chose d'indescriptible plus tard, je suis à Sydney.

 

Arrivé à la maison, tout est oublié en moins de trois jours. Ici, le climat dissipe tout malentendu. Pourquoi je suis la? Ah oui c'est vrai... Et puis ici, le climat dissout votre souffrance. Comme un putain d'alka-seltzer dans un verre d'eau. Jenny, qui a perdu son mari et ses deux filles deux jours plus tôt dans un horrible accident de voiture, s'en va à la plage voir les copines. Elle se sent déjà mieux après quelques châteaux de sable. Après deux mojitos, elle regarde déjà les mecs à la table d'à coté. Je me lève tard sous le ciel bleu. Je descends la rue, achète le pain, puis je vais nager cinq minutes dans l'océan. J'avale un café, m'en vais glander en ville, m'enfile quelques sushis commandés sur un computer, j'appelle deux copines, achète du vin, vais manger un steak, puis fini ivre dans la rue. Je marche sans vraiment savoir où je vais, encore une fois. J'aime les randonnées nocturnes. La nuit est ma lumière. Tout est enfin calme. Je suis seul, loin, étranger et isolé. Je peux me perdre tranquillement et il n'y plus personne pour me regarder et me juger. Il n'y a plus de filles à désirer, il n'y a plus de gueules à détester, il n'y a plus tous ces assaillants imaginaires. Il n'y plus de bruit, d'agitation, de circulation, de communication, de complication, d'observation. Même le soleil ferme sa gueule et cesse de me taper sur la tête. La nuit est mon salut. Un répit de quelques heures. Avant le recommencement des hostilités.

Du coup je me suis arrangé pour trouver un travail de nuit. Déduction facile. Je déteste les gens, alors autant travailler quand ils dorment. Ca fait quelques semaines maintenant que je travaille pour cette société de jeux en ligne. Ce n'est pas trop mal payé, il y a des filles à disposition et les boissons sont gratuites. En tout cas maintenant je travaille. Pas trop non plus, juste assez pour regagner un peu d'estime. De qui? Je ne sais pas.

 

Un nouvel être est donc né, un être d'amour, de tolérance et de compassion. Il n'est plus question de distribuer des gnons, je distribue de l'amour en emballage cylindrique. Malheureusement, les grosses putes ne lèvent plus les yeux sur moi. Comme si elles percevaient le changement. Comme si le sleaze avait quitté mon corps. Des filles « comme il faut », plus réservées, avec qui je n'avais pas dépassé la seconde date, se manifestent à nouveau. On date, on textote, on fait des sorties culturelles, c'est mignon tout plein.

 

 

 

mardi, 05 janvier 2010

Effets Secondaires

 

Paris, le 29 octobre.

Ce matin, je ne peux pas résister à l'envie de faire des pompes. Deux jours plus tôt, j'ai senti ce petit énervement en fin de journée, cette envie d'aller courir sans raison bien précise. Le lendemain, le réveil s'accompagne d'une envie de se faire mal, envie de me déchirer musculairement, ou quelque chose comme ca, mais déjà en retard, je remets ca au soir, puis oublie. Ce matin par contre, impossible d'y échapper. La sensation est trop forte. C'est évacue cette énergie ou crève. Je pousse le sol de toutes mes forces, le plus lentement et le plus longtemps possible. Je fais cinq séries de vingt cinq, sur les poings, comme quand j'avais vingt deux ans et que je me battais dans la rue.

 

L'agressivité de Paris me stimule. Complètement à contre temps et au ralenti au début de mon séjour, j'ai maintenant retrouvé les automatismes, ma vitesse d'exécution et toute la haine nécessaire. C'est une ville bizarre ou je suis capable de donner un cardigan à une inconnue un jour et tuer un homme pour une place de bus le lendemain. La seule constante devient la passion, destructrice ou créatrice. Elle vous consume si vous êtes trop sensible, vous n'avez pas d'autre alternative que la fuite.

 

3 novembre. Cinq séries de trente cinq.

 

9 novembre. Cinq séries de cinquante.

 

La testostérone vous rend extrêmement arrogant. Le fait de pouvoir parler si facilement, dans ma langue maternelle, exacerbe aussi les choses. Je commence à m'adresser aux inconnus dans la rue. Je n'ai pas dormi depuis trois jours. Je pourrais me couper deux doigts avec les dents. Je rentre à Sydney demain, je dormirai dans l'avion, même si je dois prendre trois Stilnox. Heure de pointe, ligne une, la rame se remplit, il y a deux cons sur les strapontins et ils ne se lèvent pas. L'espace est maintenant tellement encombré, que leur position devient grotesque. Leur entêtement m'exaspère, le « Aller, debout maintenant ! » m'échappe sans que je m'en rende compte à la station Saint Paul. Il y a le silence général puis les regards inquisiteurs puis les sourires approbateurs puis les mots grossiers puis les regards choqués lorsque les premiers coups de poing partent. Ensuite c'est du switch off et des coups de poing marteau sur son crane comme pour le faire disparaître dans le sol. Je ne me souviens même pas de son visage et du moment où j'ai quitté la rame de métro dans la cohue générale. Je me suis arrêté de courir vers Richard Lenoir. Je suis rentré en sifflotant le long de la Seine puis j'ai dormi 13 heures.

 

 

 

samedi, 26 décembre 2009

Paris Express

 

Deux jours plus tard, rue de Seine, Paris.

Mon lecteur mp3 rejoue la même musique. Il fait froid, il n'y a pas de lumière et je suis seul au milieu de la pierre. Je suis obligé de faire une pause, m'appuyant contre une entrée, j'ai du mal à retenir mes larmes. Ces trottoirs réveillent trop de souvenirs. Obsédé par le passé, préoccupé par l'avenir, le présent m'échappe. Peu importe, il n'est jamais à la hauteur. La vie n'est pas un film de Wong Kar-Wai. Il faut se faire à l'idée.

Je fais quelques courses dans le quartier. Vers quatre heures, il commence à pleuvoir. Je me dirige vers la station de métro la plus proche. Je me retrouve sur le bord du boulevard Saint-Germain, attendant pour traverser. Derrière moi, la terrasse du café Mabillon. Je me retourne et y jette un coup d'œil rapide pour voir si rien n'a changé. Mon regard est attiré par cette fille assise seule à une des tables les plus avancées. Elle a visiblement très froid. Une petite robe et un air de fille intouchable, c'est un peu léger pour un mois d'octobre. Sans vraiment savoir ce que je fais, je m'approche d'elle et pose mes sacs sur le second siège. Sans dire un mot, je sors le cardigan noir que je viens d'acheter, en détache l'étiquette, en défais les boutons puis lui pose sur les épaules. Le feu piéton passe alors au vert, je récupère mes sacs en toute hâte, la regarde droit dans les yeux, lui souris, puis traverse sous la pluie.

 

 

mercredi, 23 décembre 2009

Washed Out

Quelques gins tonics plus tard, je circule à nouveau. Je réalise que la décoration du bar est australienne, aborigène devrais-je dire, ce qui est complètement inattendu et qui se passe de tout commentaire. Il y a d'autres réjouissances de toute façon, les copines de Sara.

Sara est la copine de mon ami Hongkongais. Elle est Chilienne. Apparemment, quand ils voyagent en Amérique du Sud, les paparazzis les traquent dans les aéroports. Il semble qu'elle ait eu son quart d'heure de gloire à la télévision Mexicaine et Chilienne. Elle est venue accompagnée de deux copines dont une française. Danseuses dans une troupe de danse locale avec qui Sara a travaillé il y a six mois. Elle m'explique que ce n'est pas les français qui manquent à Hong Kong, mais si l'expat en cravate ou le baroudeur touriste sexuel ne vous excitent pas trop, alors vous êtes célibataire. Puis elle me raconte sa vie. J'aime le ton de sa voix, sa façon de bouger la tête quand elle rit, sa chute de reins, ses mains, ses dents. Ce soir, j'aime tout sans exception. Ca fait plusieurs mois que je n'ai pas savouré ces premiers instants de séduction en langue maternelle. C'est facile, spontané, instantané, raffiné.

En haut de cette tour, je vais avoir mon moment musical de l'année. Washed Out, feel it all around, je ne sens plus que son corps souple et chaud contre le mien, sa main brulante qui tient ma nuque, il n'y a plus rien autour de nous, juste la chaleur, le ciel et la nuit. Notre rotation céleste nous fait passer dans la dimension du parfait. Les étoiles scintillent, la lune brille, les lasers découpent le ciel, les skycrapers crèvent les nuages, l'eau scintille et nous dansons. L'Asie Pacifique toute entière se calle sur le balancement de nos hanches.

Des baisers et une nuit passée à danser et à déambuler dans Hong Kong. Le soleil se lève sur la baie. Nous sommes tous les cinq assis sur des rochers en face de Tsim Sha Tsui. La lumière passe du bleu au jaune dans un grand moment de silence. Aucun d'entre nous n'ose parler. Dans quelques heures je serai dans un avion, Erik sera en face de son ordinateur dans une des tours et les filles ne se reverront plus avant quelques mois. C'est un moment qui ne se reproduira plus jamais.

 

 

 

samedi, 28 novembre 2009

Dazed

Me voilà au deuxième étage d'un de ces vieux tramways. Hauts et étroits, à l'intérieur en bois, sans vitres aux fenêtres, glissant en plein milieu de Kowloon, Hong Kong, à la recherche du Docteur Wai Chi.

Dans une rue près du marché aux oiseaux, il y a un long immeuble moderne, avec une entrée en marbre noir. Au cinquième étage, il y a le cabinet du Docteur Wai Chi. Je ne savais pas trop à quoi m'attendre. "La médecine Chinoise expérimentale" m'avait tout de suite évoqué un labo louche aux instruments douteux. Je me retrouve finalement dans un showroom Apple avec Gong Li déguisée en infirmière, et une pile de Dazed&Confused sur la table.

Le Mengele Hongkongais est jovial, parle un anglais parfait et apprécie le long chemin que j'ai fait pour venir le voir. Il a de la famille en France, en train de bosser sur un projet de phagocytage des pharmacies parisiennes. On en parle cinq minutes, et je le félicite comme il se doit. Un peu de chino-concurrence à nos pharmaciens français ne fera pas de mal. C'était en train de devenir une affaire familiale d'enrichissement intergénérationnel bien trop ennuyeuse.

Wai Chi est enchanté par mon ouverture d'esprit. Il m'assure que mon problème peut être réglé en deux séances seulement, espacées de vingt quatre heures.

Je ne vais pas détailler le contenu de ces séances, mais un peu d'électrolyse par-ci, un peu d'injection par-là, le tout fignolé au laser, et je devrais déjà me sentir mieux au bout d'une semaine. Wai Chi me donne les coordonnées de sa cousine à Paris au cas où je serais pris d'effets secondaires. Je vais y passer les quatre prochaines semaines, et on ne sait jamais ce qui peut s'y passer. Le choc d'être de retour chez soi, quelques réminiscences... Ce traitement est habituellement suivi de repos, pas d'un vol de 12 heures et de plusieurs journées à Paris.

Il est temps de saluer mon sauveur et de partir rejoindre mes amis dans un bar au sommet d'un immeuble de soixante dix étages, au milieu de Central Hong Kong. Pas le plus élevé de tous, à quelques étages près, mais sans doute le mieux placé par rapport à la configuration de la ville. Le moment ou vous sortez de l'ascenseur, et passez les portes du sas pour arriver dans ce bar complètement à ciel ouvert est impossible à décrire. D'autant plus de nuit. Vous venez de vous élever de deux cents mètres en moins de dix secondes et vous vous retrouvez dans l'obscurité, au dessus de la folie électrique de l'Homme que vous contemplez soudainement avec une distance contre nature. Besoin d'un petit moment d'adaptation. Tenir un verre à la main aide. Puis j'ai attrapé les garde-corps en verre, comme pour me fixer quelque part, ignoré mon envie de sauter dans le vide et je n'ai plus bougé. Et au plus vous observez, au plus vous buvez. Ce qui est fascinant à Hong Kong, c'est que la ville n'est pas une surface plate uniformément recouverte de buildings. Il y a l'eau, de partout, qui reflète les éclairages et en transporte d'autres. Il y a les collines qui encerclent la ville, encore plus en hauteur que vous, recouvertes de forets sauvages, qui de nuit ne sont que d'immenses masses noires inquiétantes. Il y a toutes les iles, un peu de partout, d'autres masses noires inquiétantes qui contrastent avec les millions de milliards de kilowatts de lumière qui vous arrivent en pleine tête portés par la brise.

 

 

dimanche, 22 novembre 2009

Mais pourquoi pas

J'ai cette espèce de fatigue chronique depuis que je suis gosse. Je suis née fatigué. Pas facile d'accomplir quoi que ce soit dans ces conditions. Etudes, carrière, relations longues, sport, parler, tout en fait, est altéré par cette fatigue insupportable qui m'attaque régulièrement. Je vais bien, je peux vivre normalement, faire plein de choses mais je ne suis jamais au max. La fatigue rode. Elle surgit quand on s'y attend le moins, et me plante sur place, vide d'énergie et de sens.

Essayez de réduire votre énergie de soixante pourcents et d'avoir la même journée que d'habitude. Vous verrez. Vous pouvez le faire une fois, deux fois, trois fois, mais il y a un moment ou vous vous effondrez. Je ne suis pas le coureur de fond que la vie exige d'être. Persister m'est impossible. Mes ressources me l'interdisent. Avec moi ca passe ou ca casse et il n'y a pas de deuxième tentative. Ca ferme beaucoup de portes. Ca développe aussi certains talents. Car il en faut du talent, pour faire bonne figure alors qu'on a juste envie d'aller se coucher

Pour mon dernier job à Paris, j'avais trouvé une cage d'escaliers fermée au public. Je m'étais procuré un pass et dès que je sentais mes forces me quitter, j'allais m'allonger sur le sol, en position fœtale, entre l'étage deux et trois. Les horaires et le rythme de la vie active? Impossible. La mort assurée. Certains tiennent toute une vie comme ca, moi je tiens deux ans. Jamais réussi à faire plus, même avec les siestes dans les cages d'escaliers.

Ce n'est pas très intéressant en soi, mais ca nous amène à cette histoire de prise de sang avec le docteur Dob-quelque chose, clinique Sir John Williams, New South Wales. Il est mercredi après-midi lorsque j'arrive à l'accueil. Je dois d'abord prouver que je suis solvable, assuré, sur-assuré et contre assuré, puis je remplis un questionnaire "first time" et passe enfin dans la salle suivante qui me permet d'annoncer que j'ai rendez-vous avec le Docteur Dob-truc.

La fille est super jolie. Installée au comptoir quatre, elle a exactement trois autres comptoirs de chaque cote d'elle, tenus par des quinquagénaires un peu usées, un peu naines et un peu du genre "on ne me voit pas" et aussi un peu du genre "je bosse ici mais ne me demandez rien, je suis simplement la pour assurer une parfaite symétrie et servir de faire valoir au comptoir quatre". Comptoir quatre a le regard dans le vague. Elle a l'air de la fille rêveuse, un peu désenchantée. Un accent exotique et un vague air romantique, c'est pile poil ce qu'il lui faut. Alors quand le français aux cheveux souples et sombres commence à lui parler, en butant sur les mots et souriant l'air gêné, elle a les yeux qui s'allument et les joues qui prennent des couleurs. Au bout d'une minute elle devient même maladroite et ne sait plus ce qu'elle fait.

Une coupe de cheveux, un maquillage et une manucure qui envoient des ondes rock'n'roll. Une fille perfecto habillée en civil. Une grande douceur dans les traits du visage, une voix accorte qui picote la nuque, une fille adorable avec un regard mutin d'un bleu très clair qui laisse entrevoir de grands talents de salope. Le problème ce sont les vêtements un peu amples qui signalent que l'abonnement au fitness n'a pas été renouvelé. Pas trop envie de manipuler de grosses hanches en ce moment, alors je reste souriant mais je brouille les pistes. Puis elle se trompe dans la facturation, fait tomber son stylo, me regarde en souriant avec son petit air malicieux. Un coup de feu qui part du trou de mon cul, traverse mes couilles, remonte dans mes tripes et vient battre à mes tempes. Puis c'est la constatation simple:

"Merde, je vais devoir la baiser."

- Vous êtes nouvelle?

- Non, je travaille ici depuis six mois...

-Ah.

-Mais c'est mon dernier jour.

-Oh, il faut fêter ca, non?

Elle fête effectivement son départ le soir même, mais avec ses amis. Elle me propose de passer, mais je refuse. Pas question de les rencontrer. Est-ce que James Earl Ray a rencontré les potes de Martin Luther King? Mais le soir suivant, deux bières, le temps qu'elle me dise qu'elle habite au coin, et c'est le ticket pour la baise. Sauf que comptoir numéro quatre suce comme elle travaille et qu'elle a les rotules plus saillantes que ses seins. Irrité, je suis même méchant en partant et me soulage du trop facile «inutile de dire que c'était aussi mon dernier jour»

Pour en revenir à ma consultation; un banal dépistage HIV en vu de retrouvailles éclaboussantes; elle est réglée en deux minutes, cent cinquante dollars et un email de deux lignes du labo plus tard. Là où ca devient intéressant, c'est que le hasard a voulu que je tombe sur un spécialiste des maladies de la fatigue. Le seul à Sydney, toujours content de faire du chiffre avec des analyses de sang à deux balles, mais dont la carte de visite indique que sa véritable spécialité est de soigner le plus gros handicap que la nature m'ait donné. Je suis certes stupide, mais quand même pas au point d'ignorer pareille coïncidence. Quatre rendez-vous, toute une batterie de tests, deux semaines d'attente, pour apprendre que je suis atteint d'un dérivé du syndrome du Lac Tahoe, non invalidante, mais bel et bien fatiguante. Assez rare. Il me parle d'un traitement efficace disponible à l'étranger. Ma foi oui, pourquoi pas? Je pourrais très bien continuer à vivre avec, mais je sens que j'ai besoin de nouvelles aventures...

jeudi, 12 novembre 2009

Le rosbeef. Tranche de vies.

« Encore une qui a le vagin qui se dilate quand tu tapotes l’Amex sur la table. J’en ai franchement marre de tout ca. »

« Mais buddy, tu roules en voiture de sport vulgaire et tu portes des boutons de manchette plus lourds qu’un iphone. What do you expect?»

Mais oui c’est vrai ca, tu « expectes » quoi, trou de balle? Ma soupe indonésienne, les tâches sur ma chemise et moi écoutons cette conversation avec attention. Il y a un anglais qui est passé à travers les gouttes de la consanguinité assis à la table voisine. Première remarque lucide en vingt cinq minutes de pause lunch, montre en main air détaché et oreille droite puissance maximum. Comme dirait Cioran, la seule chose contagieuse en France est la lucidité. Cet homme a sans doute un abonnement Eurostar. Je ne connais pas beaucoup d’anglais qui me donne envie d’être ami. Lui semble y parvenir. J’ai seulement deux amis ayant un passeport britannique. Et les deux vivent hors du « United Retardom ». Je crois qu’il faut s’éloigner de l’aimant de l’arriération, sans doute enterré dans les caves de Buckingham Palace, pour espérer un éveil cérébral. Plus l’anglais est loin de chez lui, et longtemps, plus il est intelligent.

J’ai une petite anglaise dans la tête en ce moment, fille brillante à la chatte délicieuse. Mon court séjour à Paris a été l'occasion d'un catch up qui s'est transformé en idylle. Je suis de retour sous le soleil et elle me manque. On se retrouvera peut-être un jour à New York et je lui ferai autant de cunnis qu’il y a d’arbres à Central Park.

 

 

samedi, 29 août 2009

Le Braquage

« Je suce mon mari un jour sur deux. »

Très bien. J’essaierai de te voir le deuxième jour alors…

J’ai souvent fait l’erreur de me maquer avec des filles à petits seins. Grandes, belles et élégantes mais franchement plates. Or, il est très important de se marier avec une femme qui a une grosse et belle paire de seins. C’est primordial. Tant pis, si ca peche un peu niveau cul ou si elle n’a pas toute la classe que vous méritez. Il faut penser à l’avenir, et se dire que tout va foutre le camp de toute façon. C’est une des rares choses dont on est certain dans la vie : le physique de votre femme ne va pas s’arranger. Son cul va s’engraisser, sa gueule s’affaisser et son style se dégrader. Dans vingt ans, la seule chose venant de votre femme qui vous donnera -une fois sur dix- une érection assez ferme pour opérer une pénétration, c’est une bonne grosse paire de nichons, même ballotante et ramollie. Songez-y deux fois. Imaginez-vous le truc. De gros seins, pas trop difformes, ca excite toujours un peu. C’est humain, ca s’appelle le subconscient de la mamelle. Ca vous renvoie un peu 2000 ans en arrière mais ce n’est pas grave, au moins vous pouvez dire que vous baisez toujours votre femme, même à 65 ans.

Vingt trois heures un jeudi soir à Sydney, je suis devant mon ordinateur, un peu amoché, lisant le courrier des lecteurs. Et je tombe sur l’email avec pièce jointe de cette nana vivant à Stockholm, ayant cette fameuse grosse paire et cette espèce d’aplomb qui va avec. Cette pute m’explique qu’elle adore mon collier et qu’elle le veut la semaine prochaine dans sa boite aux lettres de putain de scandinave (sans doute en bois). Pardon !? Mais pour qui se prend-elle, la salope? Ce collier est une douille de la première guerre mondiale avec un bout de défense d’éléphant incrusté dedans, genre unique et surtout genre cadeau d’un ami. Je ne le donnerais même pas à mon père ce collier ! Par un concours de circonstances, une demi-heure plus tard, le collier était dans un joli petit pli et glissé dans une boite aux lettres au coin de la rue.

Le lendemain matin, quinze heures trente, je suis en train de raconter mon histoire à Nicolas. Un peu honteux, mais pas trop quand même, j’ai toujours de bonnes excuses. « Tu sais je suis toujours dans ce foutu processus de minimalisation de mon patrimoine personnel, cette lutte ridicule contre le matérialisme et la facilité. Alors vois-tu, j’ai pensé que ce serait un bon test pour moi, un bon moyen d’approfondir mon expérience. Il y a peut-être une connexion spéciale avec cette fille là-bas, imagine elle devient ma femme ? You never know, man… » J’aurais pu raconter quelque chose comme ca, de l’ordre de la pignole.

Mais j’ai plutôt choisi d’être franc. « Non non, j’étais juste ivre et un peu exalté. Ses provocations m’ont fait complètement craquer. Attends connasse, tu t’imagines peut-être que tu m’impressionnes avec ton email? Tu crois peut-être que tu vas attirer l’attention? Je vais te montrer moi ce qu’est la véritable folie! Et la biensûr, le seul truc plus fou qu’il y a à faire, c’est d’envoyer ce foutu collier. Tellement inattendu n’est-ce pas ? Tellement over the top j’ai pensé. L’acte déraisonné, incarnation du magnanime et preuve de la plus grande intelligence. Elle ne va pas en revenir ! »

J’attends toujours l’email de remerciement. Ca fait quelque chose comme deux mois maintenant. J’ai envoyé ma montre à mon père. Il m’a appelé pour me demander si je prévoyais de mourir.

« Non, pas tout de suite papa. »

 

samedi, 22 août 2009

Rio Alcoolo

Ce soir je suis resté à la maison. Et je me bourre la gueule tout seul. SOLO. Pour oublier que la famille est un peu plus petite maintenant. Je trouve que, de temps en temps, il est important de simuler l’alcoolisme. Le vrai, le dur, l’original. Celui qui fait mal et qui n’a pas de sens. C’est quand tu es devenu un alcoolique chronique, et seulement à ce moment là, que tu peux boire à la maison, tout seul, sans aucune raison. C’est facile, la culpabilité n’a plus de prise sur toi. Par contre, si tu n’es PAS alcoolique, alors là, se déchirer la gueule tout seul devant sa tv est un véritable challenge. Ça demande du courage. Le non sens est beaucoup trop évident et effrayant. Et surtout la connotation négative de l’alcoolo colle beaucoup trop à la peau.

 

To get the shit face. C’est très imagé en anglais. Normal, l’alcoolisme est héréditaire chez l’anglo-saxon. Donc il a bien fallu bosser un peu sur le vocable. Rendre le truc drôle un peu. Attractif pour les jeunes. Du bon marketing de distilleur.

Alcoolo ca rime avec travelo et ca me fait penser que la semaine dernière, j’étais à Rio. Je ne supporte pas les brésiliens. Vous l’ai-je déjà dit ? Avant je me demandais tout le temps : « mais qui porte des Nike Air Max au fait ? Ils font de l’argent avec ces trucs, les américains ?» Je connaissais bien quelques enclaves ou la Nike Air Max avait été popularisée : RER D, Marseille, Costa Brava…Pas de quoi faire tourner les usines Nike à plein régime finalement. Puis j’ai découvert le Brésil. Et oui, le Brésil porte une paire de Nike Air Max. Le président du Brésil, Luiz Inacio Lula da Silva (quel beau nom) lui-même, porte des Nike Air Max avec son costume. Au dernier G20, il avait le modèle Air Max TN6. Je sais pas, je n'ai jamais rencontre un brésilien à qui j'avais des choses à dire. Je m'entends bien avec à peu près tout le monde, sauf le brésilien. Si la France avait un négatif ça serait le brésil. Il n'y a strictement rien en commun entre ces deux pays. On se demande même comment deux pays aussi différents peuvent se trouver sur la même planète. Invraisemblable. Je me suis tapé une brésilienne une fois. Cette nana avait une façon de sucer aussi agréable qu’un coup de pied dans l’entre jambe.

mercredi, 17 juin 2009

En track pants

Je me suis marié.
Plus beaucoup le temps d'écrire.
J'ai mis fin à des problèmes de visa bien plus ennuyeux qu'un mariage.
Souvent, les gens au ton un peu pessimiste, arrêtent d'écrire lorsqu'ils vont mieux. Non je ne vais pas mieux. Juste pas envie d'écrire.
Et puis dans quelques années, je pourrai dire "je suis divorcé".
Un divorce, c'est de la valeur ajoutée, sur un mec assez jeune, ça fait genre, ça intrigue et c’est plus classe qu’un tatouage.

Très informel le mariage. Mes parents s’étaient mariés en perfecto à la mairie, moi je me suis marié dans mon salon en track pants. Ma femme a un oncle prêtre, il s’est arrêté cinq minutes en sortant du boulot. Un beau mariage, vraiment.

Le lendemain, je déambulais sur la rue principale de Paddington, à la recherche d’un boulot. D’un banc au soleil à l’autre. La vie à l’envers me va bien, mais me rend très pauvre. J’ai en tout et pour tout quatre milles dollars sur mon compte en banque, ce qui est normal quand on bosse seize heures par semaines. Alors je me demandais s’il n’était pas temps de donner un petit coup de collier, histoire d’économiser pour les études des enfants.

Ca me fait penser à une amie d'enfance. 30 ans, un bon boulot, des parts dans un laboratoire, propriétaire d'un appart, deux voitures, un gros voyage tous les six mois, en couple depuis des années…

J'ai une soudaine diarrhée.

Je ne sais pas pourquoi. Sur le papier, ça a l'air totalement génial. En tout cas, beaucoup mieux que ce que j'ai. Pourtant, je tremble dès que je pense à sa vie. Je suis terrorisé. Plutôt crever tout de suite que d'être fixé sur mon sort pour les 50 prochaines années. Qu'est-ce qui pourrait lui arriver d’excitant maintenant? Elle sait tout ce qu'elle va faire et avec qui. A quelques détails près, sa vie est finie. Combien d'enfants? Elle doit déjà le savoir. Leur sexe? Des filles surement, il n'y a que des filles dans la famille. Combien de gorges profondes fera-t-elle à son mari? Au climax de sa vie, elle achètera une maison à la place de son appartement. Ou est la dynamique dans tout ça? Perdre une jambe dans un accident ou être trompée par son mec, voila ce qui pourrait lui arriver de mieux, voila ce qui pourrait mettre un peu de piment dans sa vie.
Je sais. Elle n'en a pas besoin, elle est sans doute heureuse comme ça, son cerveau ne lui permet même pas d'avoir conscience de la dimension ultra merdique de sa vie. Comme 95% de la population de toute façon, tous obsédés par trouver l'âme sœur et acheter un appart. Acheter un bien immobilier devrait être quelque chose que l'on fait parce qu'on tombe amoureux d'un lieu, ou de la pensée même de ce que l'on va en faire, de ce qu'il représente pour nous et de comment on va y vivre. C'est la convergence entre une situation financière favorable et la découverte d'un lieu qui nous est cher. Ce n'est pas l'étape numéro cinq dans la vie merdique de Cynthia, parce qu'elle a compris qu'il valait mieux rembourser un prêt que de foutre l'argent par la fenêtre en payant un loyer. Pensez à ces pauvres idiots qui réunissent quelques milliers de dollars en faisant un boulot super chiant mais rémunérateur, pour enfin pouvoir faire un prêt sur 25 ans ET ensuite se laisser quelques mois pour choisir LE pauvre appartement de merde entre les quelques disponibles au moment T. Combien de personnes achètent une maison qu'ils n'aiment que moyennement? Mais après tout pourquoi pas? Puisqu'ils sont bien mariés avec une personne qu'ils n'aiment que très moyennement. Sérieusement, est-ce que la vie a vraiment pour vocation d'être aussi linéaire et grotesque que ça?

Au lycée, on avait le même niveau, on faisait parti des meilleurs élèves de cette classe européenne scientifique si prometteuse. J'étais bon et ultra sérieux. Puis j'ai compris très vite que cette vie allait me faire chier. Passer des heures dans les livres de maths, bio, physique, chimie pour toucher quelques dizaines de milliers d'euros de plus dans dix ans, à quoi bon. En une année, je suis devenu le plus mauvais élève de la classe. Ne soyons pas prétentieux, le plus mauvais ex-æquo. L'incompréhension des parents, des professeurs, des camarades. J'ai été foutu à la porte du lycée. L'incompréhension de tout un système en fait, qui ne laisse pas trop la place à l'improvisation.

Je vous ennuie là. Je vais vous parler de cul, ne vous inquiétez pas. Je vais vous raconter comment j'ai défoncé le petit cul d'une fille qui imagine que Dieu a des plans pour elle et qui, les suivant, n'avait pas eu de rapport sexuel depuis trois ans. Si l'on considère évidemment que me pomper jusqu'à la moelle n'est pas un rapport sexuel. Qui baise Keyra Augustina au fait ?

Je verse un peu dans le grossier. En ce moment, je croise une femme et je me dis : "son visage irait bien avec ma queue". Un peu comme : "ces chaussures iraient bien avec mon chino beige". La bouche des femmes est devenue un bijou, un bijou de verge. Les femmes sont des ornements de pine.

Maman serait fière de moi.

Une file d’attente à la boucherie, une nana baisable. Une file d’attente à la banque, trois nanas baisables. Un trajet en bus, neuf nanas baisables. Un hall d'aéroport, vingt et une nanas baisables. La nana baisable est mon unité de calcul. Ou étais-tu hier à quinze heures? Aucune idée. Attends, je me souviens maintenant, il y avait une blonde avec une grosse paire de seins, un débardeur bleu, un gros bracelet noir, un étal, c’était de la viande je crois, j'étais à la boucherie, voila je me souviens, j’achetais mon demi-poulet grille à la portugaise. La nana baisable est aussi un moyen mnémotechnique.

Je ne suis pas un mec très bavard. Souvent je me tais parce que je ne suis jamais certain de ce qu'il va sortir de ma bouche. Alors je la tiens fermée pour éviter les ennuis. Le silence est le seul moyen que j'ai trouvé pour réguler ma stupidité.

Je ne sais plus qui disait qu’il n’avait jamais croisé une femme qu’il n’avait pas eu envie de baiser. Un peu fort mais pas faux. En y réfléchissant, toutes les femmes ont quelque chose de séduisant, quelque chose de sexy. Ça ne veut pas dire que je pourrais toutes les baiser. Non, ca veut simplement dire que prisent dans le détail le plus strict, elles ont toutes un élément potentiellement érectile. Chez la fille moche, cela pourrait être ses mains, ses pieds, ou sa peau par exemple. Chez la fille obèse, peut-être son sourire, ses dents ou ses cheveux? Quelque chose en tout cas. Il y a toujours quelque chose de bien sur quelqu'un, il suffit juste de regarder son sujet avec attention pendant cinq minutes.
On peut aussi aborder le problème de manière inverse. Car toute belle fille a forcément un élément disgracieux. N'avez-vous jamais été dégouté par les mains de la fille que tous vos amis rêvent de baiser? Cela m'arrive tous les dix du mois. Quel drame que d’avoir envie de coucher avec une fille pendant des mois, puis quand le grand jour arrive, qu’elle s’offre enfin à vous, les jambes grandes ouvertes, vous découvrez un clito gros comme une paupiette.

mercredi, 04 février 2009

Amanda

Il y a encore 5 ans, il faisait parti des Navy Seals. Des entraînements qui n’en finissent pas à Coronado, des missions en haute mer qui se finissent mal, et un père qui claque d’un AVC, ça vient à bout même d’un gars comme lui. On le retrouve aujourd’hui à l’Opéra, spiel-baryton dans les Noces de Figaro. Heureux le bonhomme.

Il est assis à côté de moi sur la banquette en skaï, dans ce club électro, là où les mauvaises bouteilles de sparkling nous ont menés. Il y a la door bitch qui parle français, avec sa fourrure autour du cou, il y a la caissière blonde avec son tampon Marco Polo, il y a le gars avec sa petite veste velours noir badge rock’n’roll qui parle assez bien français lui aussi. Il est étudiant en business, un truc comme ça, mais il n’aspire qu’à une chose, réaliser des films d’auteur à Saint Germain des Près. Ce gars est le futur Truffaut Vénézuélien alors je le présente à l’ex force spéciale. Ils doivent avoir plein de choses à se raconter. Moi, je me fous des anecdotes d’Opéra et je me fous des histoires de Guerre. Le seul truc qui m’intéressait, c’était le process. C’était la transition de l’un à l’autre, les tracés de la bifurcation. Du fusil d’assault au livret.

Je refais un tour sur la piste pour être sûr que je n’ai rien manqué. Il y a toujours l’énorme Maori avec son petit chapeau de paille. Il sourit bêtement au stroboscope alors que son corps éclipse la moitié du club. Il y a ces petits potes qui picorent sur son dos et des petites nanas qui dansent autour de ses genoux. La table lui arrive à la cheville et ses pompes doivent être plus grandes que celles de Dikembe Mutombo. Quand j’avais quatorze ans je les avais vues en vrai dans un grand magasin de sport sur les grands boulevards. Elles avaient l’exacte longueur de mon bras. Le gars chausse du cinquante huit. Cassandra doit avoir un cul taille 24, il fend la foule sous mes yeux suivit de sa copine blonde. Je le prends en chasse. Au bar, on se dit bonjour, on se frotte un peu l’un contre l’autre en discutant puis j’en profite pour lui dire qu’elle a toujours un copain et que c’est un problème.

C’est la récession. Pour moi aussi. Il n’y a plus que des nanas moyennes qui s’intéressent à moi. Aucune méchanceté. Je ne fais qu’énoncer des faits. Ces nanas moyennes plaisent à d’autres et je suis le monsieur moyen de sans doute beaucoup de filles. On est tous le moyen de quelqu’un. Pas la peine de faire croire le contraire, il n’y a que Johnny Depp qui n’est le monsieur moyen de personne. La nana moyenne est celle que l’on n’a pas envie de baiser. C’est très simple comme classification, il suffit de tendre l’oreille et d’écouter sa queue. Elle ne vous dégoûte pas, non, ça c’est réservé aux nanas moches. Vous pourriez la baiser une fois en passant, à deux grammes cinq, mais vous ne le faites pas car vous avez choisi d’être ami avec. Elle est de bonne compagnie du moment qu’elle n’aspire à rien d’autre ouvertement et que vous êtes capable d’expliciter le « on est juste amis » avec bienséance. Il doit y avoir une douzaine de ces spécimens donc, à vouloir absolument se faire étendre et à trainer dans mes basques. Si elles se serraient un peu, elles tiendraient toutes sur une palette, je pourrais actionner les manettes du lève-charge et m’en débarrasser.

C’est souvent dans ces moments transitoires que je rencontre une fille qui va compter, avec qui je vais peut-être même former un couple. Un peu comme si la vie m’encourageait, essayait de me remettre dans le droit chemin. Je suis bien, complètement familiarisé à mon état dépressif, assez content de mon coup de poignet, jouissant d’autres activités bien plus enrichissantes, quand tout à coup, je vois ce petit minois ravissant se dégager du magma, passer la jambe par-dessus l’enclos et s’approcher de moi les bras grands ouverts. Apres, il n’y a plus rien qui compte. Je vais perdre tout mon temps à la mettre dans mon lit, la faire tomber amoureuse, puis à tout détruire doucement. La tromper aussi, bien sûr, car comme par enchantement les filles se manifestent à nouveau.

C’est beau comme tout.

mercredi, 14 janvier 2009

Prends le comme un début

Mes sentiments du jour de l’an. Minuit quarante six minutes, ivre mort, il est l’heure d’envoyer un sms pertinent à une fille de mon répertoire : « Je suis tellement bourré que je pourrais enculer un sanglier. C’est peut-être le moment que tu viennes dormir à la maison ? » Je ne réalise que le lendemain l’élégance de mon message. La salope n’a pas répondu, une fille mignonne qui confond la classe avec l’arrogance. Alors que tout ce qu’elle a de classe, c’est sa consanguinité...

Finalement l’amour n’est rien d’autre qu’une répartition globale des défauts humains. Une harmonisation des faiblesses à l’échelle planétaire. Il vous suffit de trouver la personne qui correspond le mieux à votre cahier des charges…tout en correspondant au sien. Il y avait ce couple en face de moi, l’autre jour. Elle était plutôt bonne mais avec un tarin à faire débander un centaure. Son mec, petit et chétif, n’aurait jamais pu pénétrer un corps de cette qualité s’il n’avait pas été associé à cet horrible nez. Après des années de disette, enfin pouvoir baiser une grande femme, avec un corps proche de ceux qu’il éclabousse dans ses magazines, non vraiment, le pif il n'en avait rien à cirer ! De son côté, madame avait appris à préférer l’intelligence et la sensibilité plutôt que la beauté. Pas vraiment le choix, la vue en permanence obstruée par ce museau… Ils se sont croisés, ils se sont trouvés, ils se sont aimés parce que c’était le meilleur compromis. Chacun fait ce qu'il peut avec ce qu'il a et c'est très bien comme ça.

Une boîte de nuit. C’est la grande déconnade, le bruit, les gens, on se pousse dans les toilettes pour rire, puis le loquet s’abat et soudain c’est le silence et l’intimité gênante. Les sourires s’effacent, les lèvres hésitent, puis les bouches s’attrapent. L’amour peut aussi naître dans ces circonstances.

Je suis assis à une très grande table recouverte de plats. Autour est assise une très grande famille, de treize mois à soixante dix ans, ça parle anglais, hébreux et français. Il y a de grands rideaux blancs accrochés aux fenêtres, des cadres dorés sur les murs et du marbre au sol. Il y a les Wiggles à la télévision pendant que je joue avec mon dernier falafel. Je me demande lequel je tuerais en premier. Peut-être bien le violet. J’hésite avec le jaune auquel il manque un front, j’aimerais faire passer sa tête à travers un mur de briques, au moment précis où il ferait sa grimace congénitale. Il y aurait le choc bref du crâne qui se fend sur le matériau, l’arrêt brutal, l’onde de choc dans mes bras, le pas en arrière, le repentir, les petits à-coups de la tête qui glisse d’une brique à l’autre, lentement, vers le sol. Je reprends une cuillère de humous. La soirée bat son plein.

J’ai beaucoup d’affection pour ces gens. C’est ma famille de substitution quand je suis de l’autre côté. Ils ne fêtent pas noël, la reine mère cuisine bien et préfèrera toujours une bouteille de Johnny Walker à un bouquet de fleurs. Aussi longtemps que l’on ne parle pas de la bande de Gaza, tout se passe bien. Et puis de toute façon les gosses déchiquetés par les missiles sont bien trop loin de nous pour que ça nous gâche la vie. Je lève mon verre à la petite dernière qui a fait sa première dent. Elle me sourit depuis son siège, en agitant ses petits saucissons roses.

Il y a une amie de la famille assise en face de moi. Une veuve de 55 ans que le temps a oublié d’amocher, du moins au visage. On se cherche depuis quelques diners. Le contexte n'aidant pas, on trouve le moyen de se croiser quelques jours plus tard, dans un mall. Le contrat est signé rapidement, nous allons chez elle. Elle a ce coupé Hyundai. Tellement laid qu’il n’a pas de nom. Comme ça les gens ne savent pas comment l’appeler et ne peuvent pas s’en moquer. C’est tout ce qu’ils ont trouvé. Quand on va sur le site de la marque, il y a du bruit autour des lettres, les mauvais pixels ont envahi la place. Ça a l’allure du site fait par un ami. Celui qui « connaît bien internet ». Et dessous, il y a écrit en gros : « True Quality Matters », avec une majuscule à chaque mot.

Pendant qu’elle me suce sur le canapé en cuir italien fabriqué en Chine, je note mentalement ces mots : casserole, quatre piles AA, désodorisant d’intérieur, lait… Je peigne ses cheveux pour lui rappeler qu’au bout de cette bite, il y a un homme qui vit. Je dégage son visage, rassemble les victimes blondes d’un balayage, puis attrape le petit palmier à deux mains. Je tiens maintenant la tête par sa poignée. Je baise sa face comme bon me semble. Si je connaissais son prénom, je pourrais me fendre d’un « Ayala, c’est bon ». Mais l’accent hébreux, l’anglais… Je n’ai pas été foutu de comprendre.

Je crois que la peur d’avoir une vie banale me pousse à ce genre d’extrémité. Je me roule dans la médiocrité dont j’ai si peur, je me frictionne le corps avec, je nage la brasse coulée dans un bain de merde. Et je le raconte, comme ça j’ai l’air intéressant.